Le dollar canadien et le peso mexicain peuvent-ils maintenir leur vigueur?
En ce début d’année 2026, les devises des États-Unis, du Mexique et du Canada demeurent des piliers essentiels de la stabilité financière et des échanges commerciaux au sein de la zone économique nord-américaine. À l’approche du premier trimestre 2026, les paires de devises USD/CAD et USD/MXN évoluent dans un contexte marqué par les variations des taux d’intérêt, d’éventuels ajustements des relations commerciales et une incertitude persistante quant à la croissance économique.
Dans ce contexte, il est important de souligner que le dollar canadien et le peso mexicain sont restés remarquablement forts pendant la majeure partie de 2025 – une perspective qui pourrait se maintenir si la faiblesse structurelle du dollar américain se poursuit jusqu’au début de 2026.
Que peut-on attendre des banques centrales désormais?
Au moment de la rédaction de ce document, les banques centrales nord-américaines commencent à afficher une divergence marquée dans leurs orientations de politique monétaire : certaines anticipent de nouvelles baisses de taux, tandis que d’autres ont adopté une position plus neutre. La Banque du Mexique se distingue par une baisse de son taux directeur de 10,00% à 7,25% depuis janvier 2025, ce qui en fait la seule banque centrale de la région à mettre en œuvre un cycle d’assouplissement monétaire soutenu et l’autorité monétaire la plus accommodante d’Amérique du Nord au cours de l’année écoulée.
La Banque du Canada, quant à elle, a suivi une voie différente, alternant baisses de taux et périodes de neutralité. Depuis janvier 2025, son taux directeur est passé de 3,00% à 2,25% (sa dernière décision de 2025), renouant ainsi avec une neutralité constante, conformément à la politique adoptée durant la majeure partie de l’année. Ceci reflète un cycle de baisse des taux plus modéré, contrastant avec les trajectoires monétaires plus flexibles observées dans d’autres économies de la région.
La Réserve fédérale américaine a surpris les marchés par sa décision de septembre. Durant la majeure partie de 2025, elle a maintenu un taux directeur neutre à 4,5%, devenant ainsi la seule banque centrale de la région à ne pas avoir ajusté sa politique depuis la baisse de décembre 2024.
Cependant, les anticipations du marché ont évolué vers un cycle de baisses régulier, et le taux directeur a finalement chuté à 3,75%.
Tableau des taux d’intérêt en Amérique du Nord – 2025

Couleurs : Du vert au rouge ; le vert indique des taux plus élevés et le rouge des taux plus bas.
Graphique des taux d’intérêt nord-américains – 2025
Compte tenu de ces évolutions, la question cruciale est de savoir quelle orientation monétaire adopteront les banques centrales nord-américaines en 2026, car elle sera probablement déterminante pour le comportement à long terme de leurs devises:
Le 10 décembre, la Banque du Canada a maintenu son taux directeur à 2,25%, soulignant la résilience de l’économie canadienne en 2025 après une croissance du PIB de 2,6% au troisième trimestre. Une activité économique plus soutenue pourrait accentuer les pressions inflationnistes, ce qui a conduit la banque à maintenir une position neutre jusqu’à la fin de l’année.
Le 6 novembre, la Banque du Mexique a abaissé son taux directeur à 7,25%, tout en précisant que, même après cette baisse, il demeure élevé par rapport à celui des autres banques centrales. Cette décision a été influencée par l’incertitude mondiale liée aux tensions commerciales. La banque a toutefois averti qu’une accélération de l’inflation pourrait nécessiter une réévaluation de sa politique monétaire en 2026.
Le 10 décembre, la Réserve fédérale a abaissé son taux directeur de 25 points de base, le ramenant à 3,75%, soit sa troisième baisse de l’année 2025. Cette décision s’explique par la faiblesse du marché du travail et une inflation modérée, laissant ainsi la possibilité d’un nouvel assouplissement en cas de détérioration de la situation de l’emploi.
Par conséquent, l’évolution des données sur l’inflation pourrait s’avérer cruciale pour les décisions de politique monétaire à venir. Au Canada, l’inflation a atteint 2,2% en octobre, contre 1,7% en juillet, un niveau légèrement supérieur à l’objectif de 2%. Au Mexique, elle a culminé à 3,8% en novembre, dépassant à la fois les 3,51% enregistrés en octobre et l’objectif de 3%.
Aux États-Unis, les données sur l’inflation ont été faussées par la récente paralysie des services gouvernementaux. Le dernier chiffre publié fait état d’une inflation de 3% en septembre, supérieure aux 2,3% d’avril 2025 et toujours bien en deçà de l’objectif de 2% fixé par la Fed.
Graphique de l’inflation en Amérique du Nord – 2025
La trajectoire haussière de l’inflation a éloigné les banques centrales de leurs objectifs. Pour la Banque du Mexique et la Banque du Canada, cela pourrait limiter de nouvelles baisses de taux, d’autant plus que les deux institutions insistent sur la nécessité de maîtriser l’inflation. De fait, l’inflation a été un facteur déterminant dans la décision du Canada de maintenir une politique de taux neutres jusqu’à fin 2025. Si l’IPC continue d’augmenter, les anticipations de baisse des taux pourraient être freinées au premier trimestre 2026 dans les deux pays.
Aux États-Unis, la situation est différente : la Réserve fédérale a privilégié le marché du travail, ce qui favorise une orientation vers des taux plus bas, notamment en raison des perturbations des données économiques causées par la fermeture des services gouvernementaux. À moins d’une hausse significative de l’inflation, la Fed pourrait continuer d’alterner entre taux bas et taux neutres jusqu’en 2026, conformément à son message suite à la réunion de décembre.
Dans l’ensemble, ces changements de politique monétaire des banques centrales pourraient redéfinir la valeur des devises nord-américaines. Le Mexique conserve le taux d’intérêt le plus élevé de la région, ce qui rend le peso mexicain attractif dans un contexte mondial de taux bas. Au Canada, les craintes liées à l’inflation favorisent une politique monétaire plus neutre, soutenant ainsi le dollar canadien. À l’inverse, l’approche plus accommodante de la Réserve fédérale américaine laisse entrevoir de nouvelles baisses de taux en 2026, ce qui affaiblit la demande de bons du Trésor américain et réduit l’appétit global pour le dollar. Cela laisse penser que, contrairement au Mexique et au Canada – où les conditions monétaires restent favorables –, le dollar américain pourrait continuer de subir des pressions à la baisse, comme ce fut le cas pendant une grande partie de 2025, ce qui pourrait à terme engendrer une pression vendeuse persistante sur les paires USD/MXN et USD/CAD.
Quelles sont les perspectives pour le dollar américain?
Le dollar américain est resté globalement faible tout au long de 2025, d’abord en raison de l’incertitude économique et des conflits commerciaux, puis suite aux annonces de baisses de taux à partir d’août, qui ont marqué un net changement de cap dans la politique de la Fed. L’indice DXY a reflété cette tendance, chutant sous la barre des 100 et atteignant même 96, un niveau inédit depuis 2022.

Bien que l’indice du dollar américain (DXY) ait connu une reprise partielle, il conserve des perspectives baissières à l’approche de la fin de 2025, conformément à la volonté de la Fed de baisser ses taux. Si cette faiblesse et cette indécision persistent, le peso mexicain et le dollar canadien pourraient continuer à se renforcer, accentuant la dynamique baissière observée sur les paires USD/MXN et USD/CAD tout au long de l’année. Cependant, l’ampleur de la baisse du dollar durant l’année suggère également une marge de manœuvre limitée pour une faiblesse prolongée, ce qui pourrait entraîner des corrections haussières à court terme sur les deux paires.
Négociations commerciales à venir
Tout au long de 2025, les tensions commerciales nord-américaines se sont intensifiées, principalement sous l’effet de la guerre commerciale menée par l’administration américaine, détériorant les relations économiques juste avant la révision cruciale de l’ACEUM (Accord Canada–États-Unis–Mexique) en 2026. Le Mexique réévalue sa position par le biais de consultations publiques et envisage une diversification de ses échanges commerciaux, tandis que le Canada cherche à renforcer sa demande intérieure et à explorer de nouveaux partenariats, notamment en Asie.
Malgré ces tensions, l’ACEUM demeure un accord fondamental pour les deux économies, garantissant la facilitation des échanges et la stabilité réglementaire. L’examen de 2026 sera crucial, car il déterminera si l’accord est renouvelé pour 16 ans. Les communications gouvernementales pourraient commencer à donner des indications sur l’orientation probable de la décision.
Si les tensions mènent à un non-renouvellement ou à des modifications importantes de l’accord, l’incertitude qui en résulterait pourrait affaiblir la confiance des investisseurs et réduire la demande pour le peso mexicain et le dollar canadien, à l’instar des réactions observées lors des hausses tarifaires de 2025.
Ainsi, la performance des devises début 2026 dépendra, en partie, des signaux positifs concernant la continuité de l’ACEUM. Dans le cas contraire, une tendance baissière plus marquée pourrait se dessiner pour les deux devises.
Par Julian Pineda, CFA, FOREX.com » Site Officiel
Julian est titulaire du titre d’analyste financier agréé (CFA) et détient plus de 7 ans d’analyse des devises, des matières premières, des actions, des cryptomonnaies, des indices et autres produits dérivés. Il a participé à plusieurs conférences financières en Colombie, au Mexique, au Chili, au Pérou et en Argentine.



