Le dollar canadien a chuté d’environ 4% sur le forex face au dollar américain depuis le début du mois d’octobre à cause de la chute considérable des prix du pétrole brut, la principale source d’exportations du Canada.
La faiblesse de la devise survient en dépit d’une série d’indicateurs économiques généralement solides en provenance du Canada au cours des derniers mois, ce qui a permis à la Banque du Canada de poursuivre sa politique de resserrement monétaire. Les investisseurs seront donc attentifs à la publication ce vendredi du PIB pour le troisième trimestre, prévue à 8:30 (heure de Montréal), afin de trouver des indices sur la date à laquelle la prochaine hausse de taux de la Banque du Canada pourra être livrée.
L’économie canadienne a progressé de 2,9% en rythme annualisé au deuxième trimestre, après trois trimestres consécutifs de croissance en dessous de 2%. Le fort rebond de la croissance qui a accompagné la reprise des prix du pétrole amorcée en 2016 semble s’être modéré et la croissance du PIB au troisième trimestre devrait avoir de nouveau ralenti pour atteindre un taux annualisé de 2,0%. Toutefois, la Banque du Canada a fait savoir qu’elle continuerait à relever les taux d’intérêt alors que l’économie fonctionnait presque à pleine capacité et que les risques liés à l’inflation étaient à la hausse.

La prochaine réunion de la Banque du Canada aura lieu le 5 décembre et la plupart des participants du marché ne s’attendent à aucun changement du taux de financement à un jour, actuellement fixé à 1,75%. Selon les swaps sur indice au jour le jour, la prochaine hausse de taux ne sera pas prise en compte avant la réunion de mars 2019. Toutefois, les chances d’une évolution antérieure pourraient commencer à augmenter si les chiffres du PIB dépassaient les prévisions consensuelles et si les données à venir, notamment l’inflation, par la suite, étaient solides.
Le huard pourrait bénéficier d’une correction haussière importante sur le forex suite à la hausse anticipée des anticipations de hausse des taux, la devise canadienne semblant légèrement surévaluée par rapport au billet vert après ses récentes pertes. La paire USD/CAD a dépassé le niveau de 1,33 pour la première fois depuis juin cette semaine, atteignant un sommet de 5 mois. Des données du PIB plus fortes que prévu pourraient amener la parité sous le support immédiat autour de 1,3255, ce qui correspond au retracement Fibonacci 78,6% de la baisse de 1,3385 à 1,2778. En dessous de ce niveau, le prochain soutien majeur pourrait provenir de la région 1,3150, qui se situe près du niveau Fibonacci 61,8%, tandis que des baisses plus prononcées pourraient s’arrêter au niveau 50% de Fibonacci à 1,3082.
Toutefois, si les chiffres du PIB laissent supposer une croissance médiocre, la paire USD/CAD pourrait générer des gains supplémentaires sur le forex, qui pourraient être exaspérés si cela devait coïncider avec une nouvelle chute des prix du pétrole. La paire USD/CAD relèverait du sommet de juillet de 1,3385 en cas de données décevantes. Au-dessus de ce sommet, la zone autour de 1,3545 devrait être prise en compte, ce niveau ayant été fréquemment testé par le passé. Une cassure plus haute rapprocherait la poignée 1.36 de la résistance en décembre 2016.
La Banque du Canada conservant un parti pris belliqueux lors de sa dernière réunion politique en octobre, une hausse anticipée surprise des taux en décembre ou en janvier ne peut être exclue, d’autant plus que la banque centrale a toujours pris les marchés au dépourvu. Dans son rapport sur le PIB, la Banque du Canada accordera une attention particulière à la composante de rémunération des employés en cas de signes de pressions salariales. Comme dans la plupart des autres économies avancées, la croissance des salaires au Canada a été modérée depuis la crise financière. Toute indication de l’accroissement des pressions salariales pourrait amener la Banque du Canada à relever ses taux avant mars.
Toutefois, l’accélération de la croissance des salaires devrait être compensée par les projections d’une production de pétrole inférieure, ce qui pourrait nuire à la croissance économique au quatrième trimestre. Les goulots d’étranglement dans les pipelines ont amené les producteurs canadiens à limiter leur production au cours des derniers mois afin d’atténuer le problème. Mais les contraintes de capacité ne seront probablement pas résolues de si tôt, alors que la récente chute des prix du pétrole ne fait qu’ajouter aux malheurs des producteurs locaux.
Selon l’évolution des pressions inflationnistes et de la production pétrolière dans les mois à venir, Stephen Poloz, gouverneur de la Banque du Canada, laissera probablement les marchés incertains quant au calendrier de la prochaine hausse de taux.
par Raffi Boyadjian, XM Investment Research Desk
Raffi est diplômé de la London School of Economics en 1999 avec un BSc en mathématiques commerciales et statistiques. Après l’obtention de son diplôme, il a rejoint PricewaterhouseCoopers dans l’équipe Business Recovery, où il était responsable de la gestion du cycle de vie des entreprises en liquidation.
En 2007, M. Boyadjian a rejoint Thomson Reuters, couvrant les marchés de langue grecque pour la collecte et l’analyse des données d’entreprise et des nouvelles de l’entreprise, avant d’être promu Senior Analyst. À ce poste, il était responsable du contrôle de la qualité et de la formation. En 2012, il a poursuivi sa carrière en tant que spécialiste des données, notamment pour la coordination de projets internationaux, la rédaction de documentation utilisateur, l’analyse de données et l’amélioration de la qualité.
M. Boyadjian a rejoint XM en 2015 en tant qu’analyste des investissements et a suivi la formation interne en analyse technique. Il est responsable de la rédaction quotidienne des revues de marché et des nouvelles de forex.

